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History: General/Old World

George Sarton and the History of Science

Aydin Sayili*

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Table of contents

1. Introduction
2. Intellectual biography
3. Methodology of history of science
4. Historiographical debates on the methodology of science
5. Sarton and the history of science community
6. Sarton at work
7. Sarton and Arabic science
8. References and further reading
9. Appendix

***

1. Introduction

Professor George Sarton (1884-1956) was a fervent advocate of the thesis of a quite wide scope that scientific activity constitutes a common bond for the whole of humanity as the most reliable type of knowledge created by the human brain; as the basic element responsible for the progressive nature of culture and civilization: and as an endeavour responsible for the amelioration of human life. He consequently was strongly convinced of the importance science must have had in the making of the destiny of mankind, and he was engaged in a concerted effort to persuade, the intellectual elite, of the great significance and relevance of the history of science in our effort to grasp the major factors responsible for the phenomenal growth of civilization and as a constituent element bringing to the fore the inexorable force of history. It was a great ideal for him, consequently, to establish the history of science securely in the universities as an independent academic discipline -with this difference, however, that even if his ideas advanced in behalf of the role of science should be reduced in certain respects, the plea for the importance of the history of science as an academic discipline would still retain its validity and cogency.

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Figure 1: George Sarton. (Source).

Figure 2: Professor Aydin Sayili. Source: Archives internationales d'histoire des sciences (No. 134, pp. 135-148) and Aydin Sayili (1913-1993) on www.MuslimHeritage.com.

These ideas and thoughts are seen to be closely associated with the intellectual culture sector of general culture and civilization; i.e., with the sector of culture that is based upon, or closely tied up with, science, and, more generally, with relatively sound and reliable knowledge. Intellectual culture is of course a subject of major interest for our Ataturk Culture Centre, and the history of science which has rapidly grown as an academic discipline in the universities of the Western World during the last half century is a very convenient avenue of approach for gaining acquaintance with science as a perennial human endeavour. It deals with science in the making, thus revealing its dynamic aspects in particular; and it constitutes a convenient way of avoiding the difficulty of gaining a sound scientific culture through arduous efforts involving the mastery of narrow Fields of specialization. The history of science is therefore conducive in multifarious ways to developing and promoting a broad view and outlook of science, its methods, and the scientific attitude.

We should entertain no doubt indeed that as an academic discipline the history of science should be a very welcome new item superadded to the more classical university curriculum. This usefulness could be conceived from the vantage point of a substantial culture-building process and especially as an efficient way of securing a sound and critical assessment and evaluation of science as a human activity.

From this standpoint in particular the history of science is to be advocated as an invaluable contribution to our intellectual culture and enlightenment. Moreover, it is very important that the history of science should be conceived and instituted or organized as an independent academic discipline if it is to constitute a really new and significant contribution to our culture and enlightenment. Indeed, it should undoubtedly be very useful to form views concerning the nature of science with the help of judgements acquired with the help of data and impressions gained or gleaned from within the pale of the history of science itself, as it is in fact already being done to some extent nowadays. For thus the history of science will be able to add a new dimension to our way of looking into matters pertaining to epistemology and the philosophy of science, or other matters pertaining to questions related to science.

8. References and further reading

(added by the editorial board of www.MuslimHeritage.com):

Biography of George Sarton at NNDB : "George Sarton".
George Sarton's publications:

  • Introduction to the History of Science (1927-47, 3 vols.)
  • The Study of the History of Mathematics (1936)
  • The Study of the History of Science (1936)
  • The Life of Science: Essays in the History of Civilization (1948)
  • A Guide to the History of Science (1952)
  • Galen of Pergamon (1954)
  • Appreciation of Ancient and Medieval Science during the Renaissance (1955)
  • Six Wings: Men of Science in the Renaissance (1957)

Electronic publication of works of Georges Sarton on The Internet Archive: Full text works of Georges Sarton:

9. Appendix

Georges Gusdorf, Les Sciences Humaines et la Pensée Occidentale vol. 1: De l'histoire des sciences à l'histoire de la pensée (Payot: Paris, 1966), pp. 118-125.

[Chapter: Le Nouvel humanisme en histoire des sciences: George Sarton]

La disparition de Tannery n'a pas sonné la glas de l'histoire des sciences. Elle semble plutôt consacrer l'avènement d'une nouvelle situation épistémologique; désormais il existe line discipline consciente d'elle-même, équipée d'institutions permanentes, sociétés et congres, qui regroupent des savants spécialises et disposent de publications périodiques. Néanmoins cette forme d'histoire n'a pas réussi a trouver dans les structures diverses de l'enseignement officiel une place à la mesure de ses aspirations. C'est pourquoi les défenseurs de l'histoire des sciences ont été amené à revendiquer en faveur de leur domaine propre, dont ils s'efforcent de montrer qu'il représente une position-clef de la culture, injustement méconnue. Cette polémique persistante alimente la réflexion sur la nature et la fonction de la discipline qui nous intéresse.

Le point de départ de la réclamation semble le fait que, la culture contemporaine étant foncièrement historique, l'histoire des sciences se trouve néanmoins réduite a la portion congrue. Une injustice persistante semble frapper un domaine qui mériterait un traitement privilégie. Car l'histoire des sciences ne présente pas seulement un intérêt rétrospectif; elle a une valeur de constante actualité, dans la mesure où elle figure une expression décisive du devenir de l'humanité. Alors que les phases et rythmes de développement de l'art, de la politique ou de la religion évoquent des vicissitudes sans conclusion, le devenir de la science parait évidemment orienté dans le sens d'une amélioration constante, chaque génération maintenant les acquisitions des générations précédentes, qu'elle enrichit de ses propres découvertes.

Le théoricien belge Quételet, libre disciple d'Auguste Comte, écrivait en 1835: "II me semble qu'il n'y a de véritablement progressif que la science, et je prends ce mot dans sa plus grande extension. Toutes les facultés de l'homme qui ne sont point fondées sur la science sont essentiellement stationnaires et leurs lois de développement sont constantes… Chacune d'elles ne subit de variation que dans la grandeur de son maximum, qui dépend du développement qu'a pris la science. Le développement de la science donnerait donc la mesure du développement de Phumanite [1]." A la même époque, Whewell soulignait de son côté le caractère additif du progrès scientifique, les vérités anciennes n'étant pas démenties par les acquisitions nouvelles, mais intégrées et maintenues: "Les vérités acquises d'abord ne sont pas chassées, mais généralisées, et l'histoire de chaque science, qui peut apparaître comme une suite de révolutions, est en réalité une série de développements [2]."

Ces affirmations ont été reprises et généralisés par George Sarton, qui fut en Belgique d'abord, puis aux Etats-Unis, le plus inlassable défenseur de l'histoire des sciences pendant la première moitie du vingtième siècle. Sarton a donné le nom de Nouvel Humanisme à une sagesse qu'il a tirée de la prépondérance reconnue à l'activité scientifique parmi tous les comportements humains.

Seuls en effet le savant et l'artiste apparaissent, dans la vie sociale, comme des créateurs de valeurs nouvelles. La production des biens économiques, la poursuite de projets politiques, matériels ou militaires ne sont pour l'humanité que des moyens et non des fins. Les guerres, les révolutions, les spéculations économiques ne constituent, comme les tremblements de terre, que des événements incontrôlables, sans portée rationnelle. Les savants, au contraire, apportent leur contribution désintéresse au développement de l'humanité dans son ensemble. "L'histoire générale est, en gros, une histoire des passions, passions de certains individus ou de groupes plus étendus [3];" au contraire, "le progrès humain est essentiellement fonction du développement de la connaissance positive [4];" "des hommes dépourvus de connaissance scientifique ne permettent absolument pas d'expliquer le progrès de l'humanité [5]."

Dans cette perspective, l'histoire de la science apparaît comme le "squelette de l'histoire de la civilisation… Que notre intérêt soit premièrement philosophique ou sociologique, dès que nous comprenons que notre connaissance de la nature et de l'homme ne peut être complète ni suffisante a moins de combiner l'information historique et l'information scientifique, l'histoire de la science devient pour ainsi dire la clef de voûte de toute la structure de l'éducation [6]." La primauté de l'histoire des sciences par rapport à l'histoire de l'art ou à 1'histoire des religions, elles aussi créatrices, se justifie par le fait que seule l'activité scientifique est progressive et cumulative [7]. D'ailleurs la formation littéraire ou morale demeure insuffisante, dans la mesure où elle ne met en oeuvre que des demi-vérités, des opinions toujours contestables. "C'est seulement au laboratoire -parce que la vie réelle est beaucoup trop complexe- que l'on peut apprendre la signification réelle de la vérité [8]."

Le nouvel humanisme de Sarton apparaît ainsi comme une reprise du positivisme, mais teinté d'idéalisme anglo-saxon et de physicalisme à la manière de l'école de Vienne. La vérité scientifique serait le lieu privilégie pour le rassemblement de tous les esprits humains, en dehors de tous les antagonismes politiques, des conflits de race et de religion. "Si chacun, estime Sarton, plaçait l'amour de la vérité et de la justice au-dessus même de 1'amour de sa famille et de son pays, il n'y aurait aucune raison de craindre la désintégration de Phumanite au cours d'une nouvelle guerre civile [9]." Cette affirmation peut paraître naïve; elle montre bien que le nouvel humanisme est une nouvelle version de ce qu'on appelait, au début du XXe siècle, la religion de la science. II existe en effet une corrélation entre l'unité de la Science et l'unité de l'humanité. "Le progrès de la science n'est pas dû aux efforts isolés d'un seul homme, mais aux efforts combines de tous les hommes… L'unité du savoir et 1'unité de l'humanité ne sont que deux aspects d'une seule grande vérité [10]." Une Providence immanente peut seule assurer la convergence, ou plutôt l'harmonie préétablie, entre les recherches et travaux de tous ceux qui, à travers le monde, se consacrent à l'avancement du règne de la vérité scientifique, prototype de toutes les autres vérités. L'oecuménisme incontestable et incontesté de la connaissance scientifique représente bien une réussite exceptionnelle, qui autorise Sarton à affirmer: "L'arbre de la science symbolise le génie et la gloire de l'humanité dans son ensemble [11]."

Cette catholicité exceptionnelle de la science a été soulignée par un autre théoricien de l'histoire des sciences, l'italien Enriques. "La possibilité de l'entendement réciproque, affirme-t-il, implique l'identité de la raison humaine. C'est sur cette supposition que se fonde toute science communicable [12]." L'évolution du savoir positif dans le passé et son perfectionnement dans le présent attestent qu'il s'agit la de "l'école la plus vaste où s'est formée l'humanité". La connaissance ici ne doit pas être passivement reçue; elle s'offre comme "une conquête que chacun doit faire ou refaire de son propre effort, et que nous pouvons tout au moins inciter quelqu'un a refaire en notre compagnie. Cela reçoit sa signification propre par la foi en l'unité de la raison humaine [13]."

Ainsi, dans cette première moitie du XXe siècle, où l'Occident apparaît déchiré par ses contradictions, le nouvel humanisme croit trouver dans Histoire des sciences une espérance de remplacement. Les valeurs religieuses, les valeurs morales, les valeurs esthétiques ou techniques n'ont pu fournir les éléments d'une entente entre les puissances déchirés par le conflit des nationalismes. Sarton, Enriques, comme, en France, Léon Brunschvicg, estiment que le travail scientifique, parce qu'il met en oeuvre les vertus d'objectivité et d'universalité, peut fournir les bases d'une entente nationale et internationale. Si la Société des Nations politiques n'a pu réduire à la raison les égoïsmes nationaux, on peut et on doit faire confiance a une Société des Nations scientifiques. Comme le dit Enriques, "ce n'est pas en s'isolant dans une attitude de stérilité intellectuelle, mais c'est au contraire en essayant de pénétrer la pensée d'autrui que chaque peuple acquiert la conscience de soi-même et c'est à mesure qu'il dilate son être et s'universalise, qu'il atteint véritablement la plus haute expres¬sion de son génie particulier [14]." Alternativement maîtres et élèves les uns des autres, dans le passé et dans le présent, tous les peuples de la Terre feront à 1'école de la science l'apprentissage de la solidarité internationale.

Le nouvel humanisme du XXème siècle prenait ainsi le relais du positivisme d'Auguste Comte. Si l'on avait du renoncer au schéma simpliste de la loi des Trois Etats, on croyait avoir trouvé dans l'histoire des sciences une nouvelle Histoire Sainte, dont 1'enseignement exemplaire s'imposerait aux intelligences et aux sensibilités. Or il en a été du nouvel humanisme comme du positivisme. Auguste Comte s'est trouvé obligé, pour assurer le triomphe du positivisme, de faire appel à une nouvelle religion dont il se croyait le Messie. De même, le néo humanisme, qui prétendait fonder toutes les valeurs sur la valeur de la science, a du reconnaître, sous la contrainte de l'évidence, que la science n'était pas une valeur indépendante. L'histoire des sciences n'explique pas le passé de la culture; elle ne contient pas la clef de son avenir, parce qu'elle est un aspect de la culture, solidaire de tous les autres aspects.

Échec de l'humanisme scientifiqu

Sans mettre en cause la bonne volonté de Sarton, ni ses bonnes intentions, on doit relever dans la formule du nouvel humanisme 1'influence d'une idéologique aussi inconsistante que généreuse. Le progrès de la connaissance scientifique est censé assurer à lui seul le progrès de l'humanité; l'unité de la science doit suffire à rassembler l'espèce humaine dans une commune espérance. Ce symbole de la nouvelle foi s'est perpétué de Comte à Sarton et Enriques, en passant par Renan, Taine et Berthelot. Malheureusement les affrontements tragiques du XXe siècle suffisent à attester que la science, si elle contribue à faire le bon côté de l'histoire, à l'occasion, oeuvre aussi non moins généreusement pour le mauvais. La science ne détermine pas l'histoire; elle influe sur l'histoire par l'intermédiaire des autorités humaines, qui remettent en jeu ses significations. Au lieu de s'imposer comme une fin en soi, la connaissance scientifique est généralement utilisée comme un moyen.

On relève dans les exposés de Sarton un certain nombre d'incohérences qui, seules, lui permettent de faire prévaloir ses thèses. II affirme par exemple que le but véritable de l'humanité est la création de nouvelles valeurs intellectuelles, "le dévoilement graduel et le déploiement de l'harmonique de la nature, le développement et l'organisation de ce que nous appelons art et science… Les artistes et les savants sont, à mes yeux, les véritables créateurs, les gardiens des idéaux humains; ce sont eux qui accomplissent les destinées de notre race et justifient son existence [15]." L'artiste et le savant se trouvent donc d'abord à égalité; puis le savant prend l'avantage sur l'artiste, à cause du caractère progressif de son savoir, de telle sorte que la science seule devient, comme nous l'avons vu, la clef de voûte de la culture. "La science constitue à proprement parler l'axe du progrès humain; elle fournit les principes même et les méthodes de l'organisation sociale"; elle nous conduit lentement mais sûrement à la "fraternité universelle [16]."

Mais ces affirmations enthousiastes s'accompagnent, chez Sarton, de certaines réserves. II note, par exemple: "La science seule ne peut pas donner un sens à notre vie. La science, réduite à elle-même, n'est pas la culture, bien qu'elle en soit une part essentielle [17]." Ces affirmations, quelque peu postérieures à l'essai sur le Nouvel Humanisme, reflètent, sinon un certain désenchantement, du moins un retour au bon sens. L'avancement de la science, au lieu de contribuer "d'une manière presque automatique" [18] au progrès de l'humanité, devient un facteur indépendant dont la valeur n'est nullement incontestable. "Aussi longtemps que la science est considérée uniquement d'un point de vue technique et utilitaire, il n'y a guère en elle de valeur culturelle [19]." II y a donc un bon et un mauvais usage de la science: "La science doit être humanisée, affirme maintenant Sarton; ce qui signifie entre autres qu'on ne doit pas lui permettre de se déchaîner aveuglement. Elle doit constituer une partie intégrante de notre culture, une partie qui doit demeurer subordonnée à l'ensemble [20]."

Autrement dit, il apparaît que la science peut devenir folle. On ne peut donc plus lui vouer une confiance aveugle, et, dans la mesure même oïl elle doit être soumise a un contrôle qui la situe a sa place dans la totalité dont elle dépend, il est clair qu'elle ne saurait constituer le nouveau Verbe incarne qui assurerait providentiellement l'unité et l'harmonie de l'humanite. Puisque la science doit être réduite à la raison et à la sagesse, la science n'est plus le fondement de toute raison et de toute sagesse. Finalement, Sarton en vient à distinguer deux niveaux, ou deux usages, de la connaissance scientifique, en laquelle on peut rechercher soit une valeur utilitaire et technique, soit une signification supérieure, de nature contemplative. "Le but principal de la recherche scientifique, écrit-il, n'est pas d'aider l'humanité dans le domaine de la science ordinaire (ordinary science), mais de rendre plus aisée et plus complète la contemplation de la Vérité. Ceci implique une profonde conversion de l'esprit, qui ne peut être acquise qu'au prix d'une discipline longue et rigoureuse [21]."

Ainsi la science et l'histoire des sciences, qui paraissaient d'abord, en elles-mêmes, messagères d'espoir, ne peuvent conserver cette signification que moyennant une ascèse préalable à une conversion de l'intelligence. Sarton, qui se présentait comme l'héritier du positivisme, en vient à prononcer, selon sa propre expression, "un plaidoyer pour un idéalisme sans compromis, dont notre époque, plus que toute autre, a profondément besoin [22]." L'humanisme scientifique, le nouvel humanisme peut fournir les éléments de cet idéalisme "ou du moins certains d'entre eux [23]." On ne saurait mieux dire que, loin de proposer un humanisme préfabriqué, l'activité scientifique appelle, pour sa propre régulation, un humanisme préalable, qui aura du être acquis par d'autres moyens. La science ne saurait être invoquée comme une fin en soi; l'humanité y trouve tout au plus des "éléments" pour la compréhension de son destin; ces éléments, ces moyens, il lui appartient de les utiliser pour le pire ou pour le meilleur.

II est clair à cet égard que l'expérience du XXe siècle est une expérience d'échec. L'inflation scientifique a fourni aux politiciens des moyens de puissance sans cesse accrus, et des armes de destruction massive, dont on sait qu'elles remettent en cause l'existence même de la planète Terre. L'espérance du messianisme scientifique s'est heurtée au démenti tragique de l'histoire. II n'y a pas d'humanisme scientifique, pour autant du moins que l'on entend par là l'accomplissement harmonieux de l'être humain. La science ne représente qu'un aspect, qu'une possibilité parmi les autres; si on la considère comme une fin en soi, elle a tendance à prendre en quelque sorte la tangente par rapport a la réalité humaine. Le déséquilibre intellectuel ainsi créé s'accroît encore par l'effet des applications techniques de la connaissance scientifique, qui détruisent les équilibres traditionnels de la vie, sans fournir pour autant un équilibre de remplacement. Lorsque Sarton lui-même affirme que "la science doit être humanisée", il reconnaît que la question fondamentale des valeurs humaines se pose en dehors de la science, et doit être résolue indépendamment de sa compétence.

Quelques formules de Jaspers prennent ici tout leur sens: "La connaissance scientifique des choses n'est pas la connaissance de l'être. Car toute science est particulière; elle concerne des objets et des aspects déterminent; elle ne concerne pas l'être lui-même. La connaissance scientifique ne peut pas fournir des buts pour la vie… La science ne peut pas donner de réponse à la question de son propre sens. L'exigence de science repose sur une volonté originaire de connaissance, dont la justification ne peut être donnée scientifiquement [24]."

Ces propos de l'un des maîtres de la pensée existentielle caractérisant la situation de notre époque où la science a perdu beaucoup de ses préventions de naguère, et ceci aux yeux des savants eux-mêmes. "La tentation des scientifiques d'aujourd'hui, observe un contemporain, n'est plus le scientisme; ce n'est plus cette espèce de dogmatisme simpliste du XIXe siècle, dans lequel les gens pensaient que la science finirait par résoudre toutes les énigmes de la destinée humaine. Aujourd'hui, les savants, au contraire, sont devenus plus sceptiques, c'est-à-dire qu'ils sont de plus en plus conscients qu'après tout ils de donnent jamais que des hypothèses qui, à un moment donné, représentent la meilleure interprétation de l'ensemble des faits connus, mais qui sont toujours provisoires et doivent être ainsi perpétuellement réviseé. Par suite ils auront tendance à considérer qu'en réalité il ne peut jamais y avoir de vérités… et par conséquent à mettre en question la possibilité même d'une vérité absolue [25]."

La mentalité scientifique de notre époque serait donc caractérise par la transformation du dogmatisme de naguère en une sorte de relativité généralisée. Le temps de la suffisance est bien passé. L'activité scientifique conserve sans doute aujourd'hui un droit de priorité budgétaire, pour des motifs techniques, économiques et militaires. Mais les savants ont perdu leur bonne conscience, et les meilleurs d'entre eux s'interrogent. Ils savent que l'humanite ne deviendra pas sage et heureuse, par le seul bienfait de la science et en dépit d'elle-même. Autrement dit, la science, qui s'était crue maîtresse d'humanité, fait retour a l'humanite, Elle reprend sa place dans la mutualité des significations humaines qui composent le devenir de la civilisation.

Cette situation nouvelle rompt avec la tradition deux fois séculaire, en Occident, de 1'Aufklärung et du positivisme. L'histoire des sciences, dont la découverte et la mise en honneur, de Fontenelle à George Sarton, était liée à cette tradition, ne disparaît pas pour autant. Mais elle va changer de signification et presque de nature, dans la mesure où elle cesse de s'inscrire dans la perspective d'une apologétique de la raison militante et triomphante. L'arrière-plan de philosophique d'histoire et d'idéologie ayant disparu, l'histoire des sciences doit être désormais considérée comme un aspect du devenir de la culture, solidaire de tous les autes aspects. Elle ne peut plus prétendre faire cavalier seul, ni entraîner par son seul dynamisme tout le cours de la civilisation. Le positivisme n'était encore qu'une métaphysique. Une fois levée cette hypothèque, l'histoire des sciences peut enfin poser ses propres questions, et tenter d'y répondre, d'une manière vraiment positive.

End Notes

[1] A, Quetelet, Sur l'homme et le développement de ses facultés ou Essai de Physique Sociale, Paris, 1835, t. II, pp. 280-281.

[2] W. Whewell, History of the Inductive Sciences, London 1837, t. I, p. 10.

[3] George Sarton, The New Humanism, extrait d'lsis, vol. VI, 1924; Bruxelles, Wetssenbruch 1924, p. 32.

[4] Ibid,, p. 9.

[5] p. 33.

[6] p. 28.

[7] p. 31.

[8] p. 21-22.

[9] p. 27.

[10] p. 11.

[11] Sarton, The History of Science and the Problems of Today, Elihu Root Lectures, Washington 1936, p. 17.

[12] Federigo Enriques, Signification de I'Histoire de la Pensée scientifique, Hermann 1934, p. 13-14.

[13] Ibid., p. 15.

[14] Ibid., p. 66.

[15] Sarton, The New Humanism, op. cit, p. 13.

[16] Ibid. p. 24.

[17] The History of Science and the Problems of Today, Washington 1936, p. 19.

[18] The New Humanism, p. 24.

[19] The History of Science and the Problems of Today, p. 24.

[20] Ibid.

[21] Ibid., p. 27.

[22] p. 29

[23] Ibid.

[24] Karl Jaspers, Wahrkeit und Wissenschaft, Discours pour ie cinquieme centenaire de l'Universitc de Bale, Basel, Helbing und Lichtenhahn 1960, p. 12.

[25] Jean Danielou, la Crise du sens de la Verite', dans: VEnseignment de la Philosophic, Recher-ches et Debats du C, C. I. E, Fayard 1961, p. 149.

*The late Aydin Sayili (1913-1993) was Emeritus Professor of the History of Science, Ankara University; Former President of Ataturk Culture Centre, Ankara. He was an eminent historian of science who studied under George Sarton at Harvard. Among his noteworthy works, The Observatory in Islam (1960; reprinted Arno Press, 1981), and a part of The Development of Science: Sources for the History of Science Series (Advisory Editor I. Bernard Cohen). See Güll A. Russell, "Eloge: Aydin Sayili, 1913-1993", Isis, Vol. 87, No. 4 (Dec., 1996), pp. 672-675 and on www.MuslimHeritage.com Aydin Sayili (1913-1993) and Professor Aydin Sayili: A Short Biography (the Chief Editor).
This article was first published in the Turkish review Erdem 25 (Ankara 1996), pp. 73-115. We are grateful to Imran Baba, editor of Erdem for allowing publication. Paragraph titles were added in the preset version to allow electronic publication (the Chief Editor).

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by: FSTC Limited, Mon 04 August, 2008


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